Le Musée Vivant constitue l’un des sites culturels et touristiques les plus singuliers de Bujumbura. À la fois musée culturel, petit parc zoologique, espace de conservation de la biodiversité et centre de promotion de l’artisanat, il devait précisément permettre de présenter aux Burundais comme aux visiteurs étrangers une partie du patrimoine naturel et culturel du pays.
Le site est officiellement reconnu par le ministère chargé du Tourisme parmi les principaux musées et monuments du Burundi. Il comprend notamment un reptilarium, des bassins de crocodiles, un aquarium et plusieurs espaces consacrés à l’artisanat traditionnel.
Historique : une initiative née au lendemain de l’indépendance culturelle
Le Musée Vivant a été inauguré le 18 juin 1977, son ouverture au public a été effectuée par Émile Mworoha, lui-même qui a lancé sa création au cours de son exercice de ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, de 1976 à 1978. Cet historien burundais de renom exceptionnel est donc l’initiateur politique et institutionnel du projet “Musée Vivant de Bujumbura”.
L’idée s’inscrivait dans un mouvement plus large de redécouverte, de conservation et de valorisation de l’identité culturelle burundaise. Des travaux de l’Université du Burundi soulignent notamment le rôle antérieur de l’abbé J.-P. Ntahokaja dans l’inventaire du patrimoine culturel et de l’artisanat burundais, avant la création du Musée Vivant en 1977.
La vocation originale du Musée Vivant
Le concept était particulièrement intéressant : faire un musée qui soit « vivant », c’est-à-dire un lieu où le visiteur ne découvre pas uniquement des objets derrière des vitrines, mais où il peut observer :
- la faune burundaise ;
- les reptiles et crocodiles ;
- des poissons du lac Tanganyika ;
- l’artisanat traditionnel ;
- la poterie ;
- la vannerie ;
- la forge ;
- les instruments de musique traditionnelle ;
- l’habitat traditionnel burundais ;
- certains éléments de la culture et de l’histoire du Burundi.
Le ministère du Tourisme décrit aujourd’hui encore le Musée Vivant comme un espace de loisirs, de conservation de la nature et de la culture et de production artisanale.
Le site constitue donc, en théorie, un véritable microcosme du patrimoine burundais.
Sa place dans le tourisme burundais
La position du Musée Vivant est stratégique pour plusieurs raisons, un musée au cœur de Bujumbura

Contrairement à de nombreux sites touristiques situés à plusieurs dizaines de kilomètres de la capitale économique, le Musée Vivant se trouve pratiquement au cœur de Bujumbura, à proximité de l’avenue du 13 Octobre.
Cette localisation en fait un équipement particulièrement important pour :
- les touristes étrangers ;
- les délégations officielles ;
- les diplomates ;
- les chercheurs ;
- les étudiants ;
- les élèves ;
- les familles burundaises ;
- les visiteurs de passage à Bujumbura.
Une vitrine du Burundi
Son potentiel touristique est beaucoup plus important que sa fréquentation actuelle. Un touriste qui arrive à Bujumbura pourrait théoriquement découvrir dans un même endroit : Faune + culture + artisanat + architecture traditionnelle + biodiversité + histoire. C’est précisément ce caractère multidimensionnel qui pourrait faire du Musée Vivant une porte d’entrée vers le tourisme burundais.
Il pourrait être intégré dans un circuit numérique : Aéroport → Centre-ville → Musée Vivant → Lac Tanganyika → Rusizi → Monument Livingstone & Stanley → autres sites touristiques.
Les principales limites du Musée Vivant
Le Musée Vivant possède un potentiel considérable mais souffre depuis plusieurs années d’un déficit d’investissement, d’entretien, d’organisation et de valorisation touristique.
Une étude de l’Université du Burundi relevait déjà que, malgré son importance touristique et les revenus qu’il pouvait générer pour l’État, le Musée Vivant semblait « oublié » et avait connu une forte diminution de sa fréquentation. La crise sociopolitique de 2015 avait notamment fortement affecté le tourisme et la fréquentation du site.
L’épisode des chimpanzés en 2023
Le problème des infrastructures est devenu particulièrement visible en juin 2023 lorsque deux chimpanzés se sont échappés du musée, se retrouvant dans des établissements voisins et provoquant des dégâts et de la panique.
Cet épisode illustre une question fondamentale : un établissement qui conserve des animaux sauvages doit disposer d’installations répondant à des exigences élevées de sécurité, de bien-être animal et de protection des visiteurs.
A cet épisode, l’ancien ministre de l’environnement Albert Mbonerane, avait fait entendre que ces animaux ont besoin d’un milieu plus ou moins vaste, avec une verdure, ce qui naturellement leur permet de se détendre.
« Quand on veut élever des animaux comme les chimpanzés en captivité, il faut au moins essayer de reconstituer leur habitat naturel. C’est là où ils peuvent se détendre, se réjouir,… », analysait Gaspard Ntakimazi, zoologue et professeur à l’Université du Burundi. Or, regrettait-il, ces animaux sont gardés dans des cages, dans de petits espaces, « moi, ça m’a beaucoup touché et je n’ai plus envie d’y retourner. Ce n’est pas un musée, c’est une prison. Ces animaux sont torturés !», déploraitt-il. Raison pour laquelle ils cherchent à s’échapper pour se libérer, selon le zoologue.
Ce spécialiste ne refusait pas que ces animaux soient élevés dans un endroit fermé, mais il y a des préalables. Prof Ntakimazi indiquait que pour deux chimpanzés, il faut au moins un espace de deux ou trois ares.
Or, au Musée vivant de Bujumbura, l’espace réservé aux animaux, crocodiles, babouins, chimpanzés, antilopes, … est trop petit, vu les exigences de ces bêtes pour se sentir à l’aise.
Des aggressions en contructions abusives ont progressivement réduit l’espace public initialement réservé au projet “Musée Vivant de Bujumbura”
Des constructions ont progressivement envahi des parties de l’espace historiquement attribué au Musée Vivant.

De bons signes de volonté de réhabilitation
En 2021, la Banque de Gestion et de Financement (BGF) a notamment financé la réhabilitation des cases traditionnelles du Musée Vivant dans le cadre de sa responsabilité sociale. L’Office national du tourisme avait alors souligné l’importance de cette intervention pour la valorisation de la culture et de l’histoire du Burundi.
Et surtout, en juillet 2026, le ministre chargé du Tourisme, Dr Hassan Kibeya, a effectué une visite officielle au Musée Vivant.
Cette visite est particulièrement intéressante pour votre étude actuelle : le ministère a constaté plusieurs difficultés, notamment :
- l’état général du site ;
- le besoin de nouvelles espèces ;
- les moyens matériels insuffisants ;
- les conditions de travail du personnel ;
- la propreté ;
- l’organisation ;
- l’aménagement général du musée.
Le ministre a annoncé la nécessité d’actions prioritaires pour transformer le site en un espace « digne, propre et bien aménagé » et une réunion stratégique a été convoquée sur les besoins de réorganisation du Musée Vivant.
Ce que le Musée Vivant pourrait devenir
Le Burundi pourrait transformer le Musée Vivant en un véritable Centre national de valorisation du patrimoine naturel et culturel de Bujumbura.
Il pourrait comporter au minimum :

Le projet de réhabilitation devrait donc être conçu non seulement comme un projet culturel, mais comme un projet économique et touristique.
Une dimension particulièrement importante pour la Vision “Burundi pays Emergent en 2040 et paays Développé en 2060“
Le Musée Vivant peut devenir un exemple concret de la manière dont le Burundi peut transformer son patrimoine en actif économique, éducatif et touristique.
Il ne devrait plus être considéré simplement comme : « un endroit où l’on garde des crocodiles et quelques animaux ». Il devrait être repositionné comme une vitrine vivante de l’identité, de la biodiversité, de l’histoire, de la culture et du savoir-faire du Burundi.p
Cela correspond directement aux ambitions de développement touristique, de transformation économique et de promotion de l’image du Burundi.
Une priorité serait notamment de protéger définitivement son emprise foncière.
Avant toute réhabilitation lourde, il serait pertinent de réaliser un audit patrimonial, foncier, architectural et environnemental complet, permettant de déterminer :
- la superficie historique du Musée Vivant ;
- ses limites cadastrales originales ;
- les terrains effectivement occupés aujourd’hui ;
- les constructions abusuves apparues au fil des années ;
- leur statut juridique ;
- les éventuelles autorisations de construire ;
- les éventuelles cessions, occupations ou affectations ;
- les responsables administratifs des différentes périodes ;
- les dégradations subies ;
- les mesures nécessaires pour récupérer et sécuriser l’espace.
Dossier à suivre …