Sir Roger Jantio est Senior Managing Director et CEO de la banque d’affaires Sterling Merchant Finance Ltd, basée à Washington, D.C. Investisseur international et spécialiste du financement de projets et des partenariats public-privé, il suit de près les évolutions institutionnelles et économiques du Burundi et du continent africain. Il est par ailleurs un investisseur dans l’IA (Intelligence artificielle) aux Etats-unis et dans le monde. Il a bien accepté de nous livrer son analyse sur l’accession du président de la République Evariste Ndayishimiye à la présidence de l’Union africaine et les opportunités qu’elle offre au Burundi.

Le Renouveau : Comment interprétez-vous l’accession du Président du Burundi à la présidence de l’UA (Union africaine) ?
Sir Roger Jantio: Je tiens tout d’abord à féliciter chaleureusement le président de la République pour cette élection historique, qui honore le Burundi, les Burundais et nombreux amis du pays à travers le monde.
Cette accession à la présidence de l’Union africaine constitue une reconnaissance du leadership du président de la République et de la crédibilité croissante du Burundi sur la scène continentale. Elle intervient à un moment où le pays poursuit la mise en œuvre de sa Vision 2040-2060, qui vise à faire du Burundi un pays émergent et prospère.
Eu égard à l’engagement ferme du président dans la mise en œuvre de cette Vision, je suis convaincu qu’il saura pleinement tirer parti de cette responsabilité historique. Il utilisera cette présidence pour contribuer activement à l’avancement de l’Afrique vers sa destinée, comme il l’a affirmé dans son discours inaugural, tout en renforçant durablement le rayonnement du Burundi.
Le Renouveau : Cette présidence peut-elle améliorer la perception du Burundi auprès des bailleurs et partenaires?
Sir Roger Jantio: Il convient de souligner que la perception du Burundi auprès des bailleurs et partenaires est déjà solide et en nette amélioration. Le Burundi revient de loin, et les progrès accomplis ces dernières années sont reconnus par ses partenaires internationaux.
Cela étant dit, la présidence de l’Union africaine confère au Président une visibilité et une responsabilité supplémentaires. Son leadership et sa capacité à contribuer activement aux grandes questions continentales renforceront naturellement la confiance des partenaires.
Le succès du Président dans l’exercice de ce mandat aura des retombées positives directes sur la perception du Burundi, en renforçant son image de pays stable, crédible et engagé dans le développement du continent.
Le Renouveau : La visibilité continentale peut-elle renforcer la crédibilité financière et institutionnelle du pays ?
Sir Roger Jantio: Absolument.
La crédibilité financière et institutionnelle d’un pays est étroitement liée à sa visibilité et son rôle dans les institutions internationales. La présidence de l’Union africaine place le Burundi au cœur des discussions stratégiques du continent.
Cette position renforce la confiance des investisseurs, institutions financières et partenaires économiques, qui accordent une attention particulière aux pays jouant un rôle institutionnel majeur.
Cette crédibilité accrue facilite la mobilisation de financements, améliore l’attractivité du pays et crée un environnement favorable à la mise en œuvre de projets structurants dans des secteurs clés de l’économie.
Le Renouveau : Peut-on parler d’un tournant en matière de soft power pour le Burundi ?
Sir Roger Jantio: Absolument. Le Burundi franchit aujourd’hui une étape importante dans l’affirmation de son soft power.
Ce soft power se manifeste par l’attention accrue accordée au pays, sa participation à des sommets restreints de haut niveau et la confiance placée dans son leadership. Le président de la République a notamment été sollicité pour contribuer à des efforts de médiation, ce qui témoigne du respect dont bénéficie le Burundi.
La présidence de l’Union africaine marque un tournant décisif. Elle permettra au Burundi de renforcer son influence, projeter son image et contribuer activement aux grandes orientations du continent.
Le Burundi entre ainsi dans une nouvelle phase de son positionnement continental, où son influence institutionnelle et diplomatique lui permet de peser davantage dans les affaires africaines.
Le Renouveau : La présidence de l’UA par le Burundi peut-elle faciliter l’attraction des investissements et financements?
Sir Roger Jantio: Invariablement, oui.
Cette présidence offre au Burundi une capacité nouvelle d’organiser, en marge des travaux officiels et grandes rencontres internationales, des tables rondes ciblées avec des investisseurs et partenaires économiques.
Il s’agit d’une ouverture exceptionnelle que le pays n’aurait pas eue dans les mêmes conditions sans cette responsabilité continentale. Ces échanges permettent de présenter des opportunités d’investissement concrètes, notamment dans le cadre de partenariats public-privé.
De par mon expérience, je suis convaincu que si les différentes institutions concernées jouent pleinement leur rôle, le Burundi peut initier et mener à terme plusieurs projets structurants majeurs avant la fin de ce mandat.
Par ailleurs, la visibilité accrue d’un pays contribue à renforcer la confiance des partenaires financiers et améliorer ses conditions d’accès au financement.
Le Renouveau : Cette position peut-elle aider à accélérer les réformes économiques et financières ?
Sir Roger Jantio: Immanquablement, oui. Et il est important de souligner que plusieurs réformes sont déjà engagées.
Je pense notamment à la mise en place de la Bourse du Burundi et au développement du programme de partenariats public-privé, qui constituent des étapes fondamentales dans la modernisation de l’économie.
La présidence de l’Union africaine va naturellement accélérer cette dynamique. Les échanges avec les investisseurs et partenaires permettront d’identifier de nouvelles opportunités et de renforcer le cadre économique et financier.
Dans de nombreux pays émergents, les réformes économiques ont été accompagnées et accélérées par une stratégie claire d’attraction des investissements. Le Burundi s’inscrit aujourd’hui dans cette dynamique.
Le Renouveau : Comment la présidence du Burundi peut-elle s’articuler avec la Zlecaf ?
Sir Roger Jantio: La Zlecaf représente une opportunité historique de repositionnement stratégique pour le Burundi.
Elle permet de passer d’un marché national d’environ 13 millions de consommateurs à un marché continental de plus de 1,4 milliard de consommateurs, avec un PIB combiné supérieur à 3 000 milliards de dollars.
La présidence de l’Union africaine permettra au Burundi de renforcer sa visibilité et promouvoir ses atouts économiques auprès des investisseurs.
Cette dynamique crée un contexte favorable au développement de projets structurants dans les infrastructures, services et secteurs à fort potentiel, qui permettront au Burundi de tirer pleinement parti de l’intégration économique africaine.
Le Renouveau : Comment capitaliser sur cette présidence pour des bénéfices durables ?
Sir Roger Jantio: La clé réside dans l’alignement entre les priorités définies dans le discours inaugural du Président et les politiques nationales.
Les différentes administrations doivent travailler en synergie pour transformer cette visibilité accrue en opportunités concrètes.
Cette période offre une occasion unique de renforcer durablement le positionnement du Burundi, notamment à travers l’accélération de projets structurants, le renforcement des partenariats et l’amélioration continue du cadre économique et institutionnel.
Le Renouveau : Quels critères permettront d’évaluer l’impact réel de cette présidence ?
Sir Roger Jantio: Le Président considère clairement l’Union africaine comme un cadre réel de transformation du continent.
Des progrès significatifs peuvent être attendus, notamment en matière de paix régionale, coopération économique et positionnement stratégique du Burundi.
L’impact de cette présidence se mesurera à la capacité du Burundi à renforcer sa crédibilité, sa visibilité et son rôle sur le continent, tout en contribuant activement à l’avancement de l’Afrique vers sa destinée.
Propos recueillis par Donat Maganya