Vigny Nimuraba, ancien Président de la CNIDH, entre exil et controverses politiques, Jacques Nshimirimana intervient comme ancien collègue

La récente posture publique de l’ancien président de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH), Dr Vigny Nimuraba, aujourd’hui hors du pays, continue de susciter débats et réactions au Burundi.

Depuis son départ, ses déclarations sur la situation des droits humains sont largement relayées par certains réseaux d’opposants et d’activistes en exil. Pour plusieurs observateurs nationaux, cette dynamique soulève une question fondamentale : l’ancien responsable institutionnel agit-il en toute indépendance ou est-il devenu un instrument dans une stratégie plus large visant à ternir l’image du Burundi à l’international ?

Certains analystes estiment que son statut d’ancien président de la CNIDH confère un poids symbolique important à ses propos. Ce capital institutionnel, acquis durant son mandat, serait aujourd’hui exploité par des groupes en exil pour renforcer leur crédibilité auprès des médias et des partenaires internationaux.

D’autres voix appellent toutefois à la prudence, rappelant que toute analyse doit se baser sur des faits vérifiables et non sur des procès d’intention.

Son ancien collègue comme Commissaire à la CNIDH, Dr Me Jacques NSHIMIRIMANA, réagit aux attitudes de du Dr Vigny Nimuraba, officiellement par cette sortie trouvée sur son compte X @nshimajacques:

« Cher frère

@VignyNimuraba

, Cher Président,

J’ai pris connaissance avec une attention particulière de votre récente déclaration publique, ainsi que de la vague de commentaires qu’elle a suscitée chez les internautes.

Depuis plusieurs années et pour des raisons de convenance personnelle, j’ai volontairement réduit ma présence sur les réseaux sociaux afin de me consacrer à l’essentiel. Toutefois, votre sortie médiatique m’impose aujourd’hui un devoir de réaction, et ce pour deux raisons objectives et légitimes. D’une part, pour avoir été votre collaborateur direct pendant six ans au sein de la CNIDH en qualité de commissaire ; d’autre part, pour avoir été votre conseiller proche, régulièrement consulté et écouté tout au long de notre premier mandat. Or, en droit comme en éthique publique, le silence face à des affirmations graves peut être interprété comme une forme d’assentiment. Je ne saurais m’y résoudre.

Vous connaissant intimement sur le plan professionnel et institutionnel, j’ai immédiatement perçu, à la lecture de votre déclaration, l’arrière-plan stratégique de votre démarche : intervenir à la veille de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, prévue à Genève du 23 février au 31 mars 2026, dans l’objectif manifeste d’influencer négativement le processus d’évaluation de la CNIDH et d’en provoquer, coûte que coûte, sa rétrogradation. Une mission qui, certainement, se heurtera à la rigueur, à la technicité et à l’objectivité du mécanisme d’accréditation des Institutions Nationales des Droits de l’Homme.

Sur le fond, votre déclaration pèche par une exagération manifeste. Reconnaître l’existence de défis au sein du système judiciaire burundais est légitime ; affirmer, en revanche, que « la loi n’existe pas au Burundi » est juridiquement inexact. Une telle affirmation révèle soit une méconnaissance profonde des notions élémentaires de loi, de justice et d’état de droit, soit une volonté délibérée de travestir la réalité à des fins politiques.

Permettez-moi ici une précision presque pédagogique, mais nécessaire. “La loi”est une norme juridique adoptée, promulguée et publiée ;”la justice”est l’institution chargée de l’appliquer.”

Confondre les deux notions revient à déclarer qu’il n’existe plus de feux de signalisation parce qu’un policier a mal régulé la circulation, une confusion pour le moins étonnante pour quelqu’un ayant passé 6 ans à veiller officiellement au respect des normes juridiques sur l’ensemble du territoire national.

Il importe de rappeler que, durant notre premier mandat, l’action de la CNIDH a été saluée tant au niveau national qu’international, conduisant à sa réaccréditation au statut A par le GANHRI, en conformité avec les Principes de Paris. Les années qui ont suivi c’était de la cacophonie (cfr cette lettre que les commissaires ont adressée au Psdt de l’Assemblée Nationale le 02.03.2025). Rappelez-vous qu’en écrivant une telle lettre, les commissaires ont pris bcp de risques en vue de sauver l’honneur de la CNIDH.

Il est dès lors inacceptable de tenter de transformer des responsabilités personnelles en une prétendue crise institutionnelle, en s’attaquant aux autorités. Vos anciens collaborateurs, nous demeurons disponibles pour témoigner le jour où la justice décidera d’examiner les faits et allégations à l’origine de votre démission.

A mon avis, la démarche la plus responsable et sage aurait été de présenter des excuses au peuple burundais pour avoir, à un moment donné, failli à la mission confiée de protéger les vulnérables, de plaider en faveur des victimes des violations des DH, de conseiller loyalement les autorités en matière des DH et d’incarner un leadership responsable, rassembleur et exemplaire. @CNIDH_Bdi @Ganhri1 @UNHumanRights”

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